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Maxime

Maxime était venu me voir pendant mon rempla d’été. Un peu plus jeune que moi, il n’allait pas très bien à ce moment-là, il travaillait beaucoup. Trop. Je ne sais plus pour quelle raison exactement il était venu consulter, mais on avait discuté un bon moment ce jour-là. Il m’avait fait part de ses soucis au travail, mais aussi de sa fatigue et de moments d’absence. Il avait déjà consulté plusieurs médecins, qui lui avaient dit que c’était dû à sa fatigue et qu’il fallait qu’il travaille un peu moins. Moi aussi je lui avais dit ça ce jour-là.

Je lui avais proposé de l’arrêter quelques jours, il n’avait pas voulu.

Il est venu me voir deux ou trois fois de plus, et à chaque fois il me parlait de ses moments d’absence. Ca me turlupinait. Je me disais que s’il en parlait à chaque fois, c’est qu’il y avait quelque chose… Surtout que deux détails me chiffonnaient : ses moments d’absence survenaient aussi pendant son sommeil ( !) et l’anxiolytique que je lui avais prescrit (à visée anxiolytique) diminuait la fréquence de ses « crises ». Je ne me rappelle plus pourquoi j’en fis part à ma psy, qui me conseilla de lui faire faire un EEG. Ce que je fis. Quelques jours plus tard, Maxime arriva avec le résultat : épilepsie temporale droite. Bon bon bon. Prochaine étape donc : IRM.

Quelque temps plus tard, un samedi matin, j’eus un coup de fil d’une radiologue de Bretagne. Maxime avait passé son IRM cérébrale. Verdict : astrocytome frontal, avec « en prime » un petit effet de masse. J’étais sidérée. J’avais demandé l’IRM pour « me rassurer », pour qu’on me dise que tout était normal et qu’il fallait simplement que Maxime se repose et éventuellement prenne quelques médicaments. Je ne pouvais (voulais ?) pas le croire. Maxime m’appela dans l’après-midi car il ne comprenait pas très bien ce que la radiologue lui avait dit. Que pouvais-je lui dire ? Fallait-il attendre qu’il soit rentré pour le voir « au calme » et lui expliquer, ou lui dire le plus tôt possible, pendant qu’il était chez lui, entouré de sa famille ? De toutes façons il était hors de question de dire un diagnostic par téléphone, et ce n’était « qu’une  imagerie », fortement évocatrice certes, mais qui ne posait pas de diagnostic formel.

Inutile de vous dire que je n’ai pas passé un bon week-end. D’autant que Maxime avait pris rendez-vous pour le mardi suivant. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir lui dire ? Je suis finalement restée assez vague, ne niant pas la gravité de la situation mais en ne dramatisant pas non plus, surtout que Maxime avait oublié d’être bête. J’essayai alors de répondre à ses questions du mieux que je pouvais et avec mes maigres compétences dans la matière. Je lui dis que je me renseignerai, et que je l’adresserai à un spécialiste. Par je ne sais quel miracle je réussis à avoir un rendez-vous deux jours plus tard avec un neurochirurgien d’un CHU, qui programma une biopsie pour la semaine suivante.

Maxime m’appellera la veille de la biopsie, alors qu’il va passer la nuit à l’hôpital. Il ne m’appelle pas pour quelque chose en particulier, et c’est là que je comprends que, malgré les apparences, il a quand même un peu peur (duh) et il appréhende beaucoup ce qui va se passer. Surtout que ça ne va pas très bien se passer. Il me racontera par la suite qu’il était à deux doigts de tout faire arrêter, tellement ça faisait mal (il m’apprit qu’en fait on maintient la tête du patient avec des vis, et on traverse littéralement le crâne pour prélever un morceau du cerveau; bien sûr on est à peine sédaté et on prévient à peine le patient).

Deux semaines plus tard l’examen anatomo-pathologique confirmera la suspicion initiale. Et vu la taille et la localisation de la tumeur, Maxime n’est pas opérable. Un monde s’écroule.

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